Tempus Fugit
Tempus Fugit
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"Il s’agit de prendre à rebours la notion d’instant décisif pour découvrir un portrait dans la durée. Cette proposition photographique sérielle immortalise des espaces, le temps d'un cycle (majoritairement une journée, du noir au noir), pour révéler des mutations, invisibles lors d'un instantané. Ces images prennent tout leur sens lorsque l’on s’en approche puis lorsque l'on s’en éloigne. A quelques mètres du tirage, nous éprouvons une sensation de regard fractionné, multiple, quasi-illisible, à l’image des pixels ou des images démultipliées que l’on « consomme » vite, en permanence. A l’inverse, lorsque l’on se rapproche, c’est la contemplation et le « non-évènement » qui s’impose à nous. Les nuances , les phénomènes naturels, humains, urbains deviennent le sujet même, l’objet photographié étant présenté sous le même angle.

Les Tempus Fugit mêlent la fonction traditionnelle de la photographie (en tant qu’archive, que document) à la contemplation des métamorphoses, des correspondances, et des gammes chromatiques. L’observation d'un lieu sur la durée révèle une singularité, un rythme intrinsèque, alors qu’un bref passage peut donner le sentiment d’un fonctionnement chaotique, sans raison d'être.

Rien n’est figé, les espaces et les hommes ne seront (plus) jamais les mêmes."

Jérémie Buchholtz

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"It’s a question of taking the opposite view of the notion of the precise moment  to discover the full picture over time. These series of photographs immortalise  spaces over a time cycle (mostly one day, from dark through to dark), to reveal the mutations, invisible with just one shot. These images take on their meaning when one approaches then steps back. A few metres away, the images appear fragmented, almost indecipherable, like pixels or multiple images that we « consume » quickly, without pause. In contrast, when one approaches,  contemplation and the « non-event » is imposed on us. The nuances , the natural, the human and the urban phenomena themselves become the subject, with the object photagraphed always presented from the same angle.
 
‘Tempus Fugit’ mixes the traditional function of photography (as an archive or document) with the contemplation of metamorpheses, of relationships,  and chromatic ranges .  Observing a place over time reveals a singularity, an intrinsic rythme, whereas a brief transition could give a feeling of chaos, without meaning.
 
Nothing is fixed, spaces and man will never (again) be the same."

Jérémie Buchholtz
 



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"Nous courons tous après le temps, cette présence insaisissable. Et nous passons notre vie à lui rendre des comptes. Jérémie Buchholtz aime jouer avec, pour mieux l'apprivoiser dans ses images. Chez ce reporter voyageur, Tempus Fugit – la fuite du temps – est un sillon plus secret qu'il creuse depuis plusieurs années, en parallèle de ses travaux sur l'architecture, l'urbanisme, les gestes des hommes dans leur environnement quotidien : pêcheurs, éleveurs, ouvriers. L'idée que la photographie soit un document, témoignant à la fois de la permanence et des changements, sous-tend néanmoins cette diversité.

Tempus fugit s'organise en séries. Chacune nous montre des espaces avant des êtres. À quelques mètres, une mosaïque de petits écrans colorés semble décomposer la lumière en longs panoramiques. Le cadre reste fixe, placé à distance, dans une perspective frontale ou plongeante. En se rapprochant, la magie de miniatures s'offre à la vue. De loin, de près, nous y sommes. Toujours balancés dans nos existences entre ces deux échelles, toujours pressés par ce qui nous dépasse.

Ces miniatures, que dévoilent-elles ? Des marchés dans des quartiers populaires ; un olivier dans le jardin familial ; une tente de nomade dans le désert, lieu de toutes les attentes, des illusions et des rêves. Il y a aussi le flux des marées, le mouvement des nuages au dessus des montagnes, un peu d'air, de brume, de vent, le soleil qui souligne les reliefs. Des espaces vides qui se peuplent, puis se dépeuplent. Des espaces qui ne seront jamais peuplés. On ne peut tout exprimer avec une image, ni même avec cent ; c'est à peu près le nombre qui compose chacun de ces paysages démultipliés. Le temps joue sa fugue, le spectateur choisit là où son regard le porte, s'attarde.
Nourri par l'histoire de la photographie argentique, d'Eugène Atget aux inventaires des Becher, Jérémie Buchholtz se remémore également la cathédrale de Rouen peinte par Claude Monet. Des variations colorées sur un portail gothique, brossées à différentes heures de la journée. Obstinées, exaltées, elles semblent nous dire que l'art, dans son cheminement et son essence, détient la clé vers une réalité autre. La contemplation aurait ce pouvoir de nous extraire du présent et de ses angoisses métaphysiques.

Quand il installe son appareil devant la grande mosquée de Djenné, au Mali, en pays dogon, Jérémie Buchholtz nous fait partager la même pensée. Sous les hautes tours à degrés de ce monument poétique, digne d'un conte des mille et une nuits, se déploie l'architecture dense d'un marché où l'on devine l'agitation, les cris, les rituels qui l'orchestrent sous son apparence désordonnée. Jusqu'à ce que la nuit vienne tout avaler. Chaque année la saison des pluies ravit à l'édifice des couches de son épiderme en terre crue, qu'il faut ensuite rebâtir. Éternel recommencement qui lie les activités humaines aux grands cycles naturels.

S'immerger dans un endroit, révéler son âme comme si l'on exécutait son portrait. Montrer ce que l'on ne verra jamais en passant, ce qui échappe, dans les lignes de fuite, les marges, le hors champ. De la vie nous n'avons que des aperçus, confie Jérémie Buchholtz, opérateur du temps à l'oeuvre."

Benoît Hermet


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"We are all chasing time, that elusive presence.  And we spend our lives being accountable to it. Jérémie Buchholtz likes playing with this to better tame it in his pictures. As far as this travelling reporter is concerned, Tempus Fugit – the flight of time – is a secret  path that he has followed for several years in parallel with his work on architecture, urbanism, the actions of man in his daily environment: fishermen, farmers, and workers. The idea that photography, recording both permanence and change at the same time, neverthless underpins this diversity.
 
Tempus fugit is organised in series. Each series shows us the space before revealing the people.  From a few metres, a mosaic of small colourful screens seems to break up the light into long panoramic views. The frame remains fixed, placed at a distance, with a frontal or birds’-eye view perspective.  On approaching, the magic of these miniatures comes into view.  From close up or further away, we feel that we are there. Always torn, as in life, between these two scales, always pressured by that which overwhelmes us.
What do these miniatures unveil ? Markets in working class areas ; an olive tree in the family garden; a nomads’ tent in the desert, a place for all expectations, a place of illusions and dreams. There is also the flow of tides, the movement of clouds over mountains, of air, of fog and  wind and of the sunlight accentuating the reliefs. Deserted spaces becoming populated then empying again.  Places that will never be populated.  We cannot express everything with one picture, nor even with a thousand ; which is about how many each of these multiple landscapes are made up of.  Time runs away, the viewer chooses wherever his eye takes him, and lingers there.  Nourished by history from the photography of Eugène Atget to the inventories of the Bechers, Jérémie Buchholtz also recalls  Rouen cathedral painted by Claude Monet. Coloured variations of a gothic gate, painted at different times of the day. Obstinate, exultant, they seem to be telling us that art, in its progress and essence, holds the key to another reality. Their contemplation has the power to take us out of the present and its metaphysical anxieties.
 
When he sets up his camera in front of the Great Mosque of Djenne, in Mali, in the Dogon region, Jérémie Buchholtz allows us to share  that same feeling. Below the high, multi-levelled towers of this poetic monument, worthy of a tale from the ‘Thousand and One Nights’, the dense architecture of a market unfolds where we can imagine the hustle and bustle, the cries, and the rituals which orchestrate under the apparent disorder. Until the night comes and swallows everything up. Each year, the rainy season attacks the epidermic layers of mud of the edifice, that then have to be rebuilt. An eternal recommencement that links human activity to the great cycles of nature.
 
Immersed in a place, revealing its soul as if one is taking its portrait. Showing what we would never see in passing, that which escapes, along the vanishing lines, the margins, the out-of-frame.  Of life, we have only glimpses, confides Jérémie Buchholtz, operator of that work-in-progress, the passage of time."
 
Benoît Hermet